Rencontre exceptionnelle avec Bruno Teboul : "Conséquences politiques, économiques et sociales du robotariat"

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"Panama Papers" - L'urgence d'un cadastre financier mondial



Communiqué de presse suite aux révélations de l'affaire "Panama Papers"


La révélation de l'existence de millions de données concernant une évasion fiscale mondialement organisée doit pousser les dirigeants politiques de tout bord et de tout pays à réagir avec rapidité et fermeté.

Ce scandale politico-financier de plus renforce la colère et l'exaspération populaires face à un ordre établi qui fait peser sur le peuple des mesures aussi injustes qu'inefficaces.

Parce que cette évasion se fait au détriment d'une redistribution équitable des richesses produites, elle prive les populations les moins aisées de notre planète de leur seule richesse : des services publics efficaces et structurés.

En France, le coût annuel de l'évasion fiscale est estimé par l'économiste Gabriel Zucman à 15 milliards d'euros, minimum.

L'équivalent d'un quart du déficit public. De quoi reboucher le trou de la Sécu en un an. De quoi baisser drastiquement les impôts de la classe moyenne et de relancer la consommation.

Le réseau Inventons Demain appelle donc à un sommet international sur l'évasion fiscale devant aboutir à la mise en place d'un cadastre financier mondial.

La traçabilité des transactions financières est la première mesure à mettre en place. Savoir qui possède quel titre et où en temps réel permettra de prélever l'impôt efficacement et de protéger les acteurs économiques respectant les règles d'un jeu qui apparaît de plus en plus pipé.

Pour nos artisans, PME, agriculteurs... et toutes les familles qui en dépendent, nous demandons justice.


Nos dernières tribunes dans la presse


# Des socialistes contre la PAC: "Notre agriculture est faite pour nourrir, pas pour produire"

Tribune publiée dans Le Figaro Vox le 1er mars 2016

 


    

     Darwin s'est invité sur nos exploitations agricoles. Depuis près d'un demi-siècle, l'Union Européenne met en œuvre une politique agricole qui n'a d'autre nom que la loi du plus fort.

Pourtant, comme beaucoup de projets européens, la Politique Agricole Commune était à l'origine mue par un idéal: faire disparaitre le spectre des famines qui avaient dévasté le continent. Heureux idéal, tristes conséquences.

Le bilan de la PAC est avant tout celui du plus grand plan social de l'histoire de notre pays. En 20 ans, le nombre d'exploitations agricoles en France a baissé de moitié. Alors que le chômage des jeunes pointe à 25% dans les régions les plus rurales (comme l'Auvergne), des centaines d'exploitations ferment, faute de repreneurs. Et pour cause. Le statut social du paysan a été dégradé, rabaissé, rabougri par la PAC. Aujourd'hui, un paysan ne gagne plus sa vie par ses produits ou par la qualité de son travail, mais par les papiers qu'il doit remplir pour que son superviseur bruxellois daigne lui verser son «allocation» ou son «indemnité». Des centaines de milliers de foyers ruraux ont été plongés dans la précarité: l'immense majorité des éleveurs français vit avec un revenu inférieur au SMIC, tandis que leurs parents se contentent de retraites en dessous du seuil de pauvreté.

A qui profite le crime? La PAC a été inventée pour accélérer le passage d'une agriculture extensive, riche en travailleurs, à une agriculture intensive, riche en machines. Aujourd'hui, certaines exploitations comptent plus de drones que d'hommes. Les aides européennes encouragent la concentration des terres entre les mains des plus forts, ceux qui peuvent accumuler les hectares et acquérir les équipements high-tech à grands renforts d'emprunts. En incitant les agriculteurs à s'endetter pour s'équiper, l'Union Européenne a créé un plan de soutien massif aux équipementiers agricoles et aux banques. Que seraient BASF ou le Crédit Agricole sans ces cinquante ans de PAC?

L'agriculture française ne traverse pas une crise, elle est à un tournant. Un choix de société s'offre à nous: 50% des élevages ont plus de 50 ans. D'ici à 15 ans, la moitié de nos vaches, de nos brebis et de nos porcs vont changer de mains. Que voulons-nous? Des regroupements massifs d'exploitations agricoles, avec toujours plus de projets pharaoniques comme la «ferme des mille vaches»? Ou bien la transmission de ces exploitations à de jeunes exploitants, formés à de nouvelles pratiques plus respectueuses du produit final, de l'environnement et de notre santé?

Ce tournant historique nécessite une réponse historique. Ceci sera donc le premier appel de socialistes à rejeter la Politique Agricole Commune. Cet appel surprendra. La gauche, par snobisme ou par ouvriérisme, a longtemps rabaissé la question paysanne à du folklore local. A tort. Trop l'oublient: la PAC nous accompagne trois fois par jour dans notre assiette. Elle est la première politique européenne et son premier budget. Elle conditionne notre santé et pour 4 millions de paysans en France, elle détermine leur statut social.

 

La seule voix qui porte aujourd'hui dans le monde paysan est celle de Marine Le Pen, car elle est la seule responsable politique à proposer une alternative à la Politique Agricole Commune, sous le nom de PAF, Politique Agricole Française.

 

Cette PAF a été rédigée dans un bureau à Saint-Cloud. Elle serait une tragédie pour nos campagnes. Quand elle fermera les frontières, que dira Marine Le Pen à nos éleveurs qui envoient leurs broutards en Italie? Que l'on reproduira à l'échelon français ce que l'on fait à l'échelon européen? Remplacer les technocrates de Bruxelles par les technocrates de Paris ne changera rien au malaise paysan et la «PAF» sera une impasse.

 

Une autre alternative est possible. Nous appelons à un changement de modèle, pas à un changement d'échelle. Plutôt que de privilégier l'offre de produits agricoles, il est possible privilégier la demande. Plutôt qu'une Politique Agricole Commune, nous proposons une Politique Alimentaire Commune.

 

Notre système d'aides doit être totalement revu, avec un principe simple: les subventions seraient versées aux consommateurs et non plus aux producteurs, aux cantines scolaires plutôt qu'aux agriculteurs. En échange de cette manne, les cantines scolaires s'engageraient à se fournir dans un rayon de 100km, assurant ainsi que les agriculteurs européens restent les seuls bénéficiaires de la Politique Alimentaire Commune.

 

Pour l'Europe, la Politique Alimentaire Commune serait une Révolution. Elle permettrait aux cantines scolaires de fournir aux jeunes européens des repas gratuits, conçus à partir de produits locaux, respectueux du rythme des saisons. Elle revaloriserait le statut du paysan, qui ne serait plus un simili fonctionnaire condamné à attendre les allocations de Bruxelles mais un producteur conforté dans un rôle social majeur, celui de nourrir les jeunes générations. Elle rendrait les agriculteurs moins dépendants des fluctuations des marchés internationaux des matières premières agricoles, en garantissant une demande stable, prévisible, de proximité. Elle ferait maigrir le monstre bureaucratique, qui n'aurait plus à pondre d'étouffantes normes mais à veiller au seul critère de proximité. Elle réduirait les distances entre producteurs et consommateurs, recréant du lien entre urbains et paysans et réduisant les émissions de CO2. Elle réduirait les risques sanitaires, en raccourcissant la chaine du froid et en garantissant l'origine des productions.

 

La Politique Alimentaire Commune serait un atout pour la France. Plus dynamique démographiquement que ses voisins, la France a le nombre d'enfants scolarisés le plus élevé d'Europe. Elle resterait donc bénéficiaire de cette nouvelle politique européenne.

Avec la Politique Alimentaire Commune, nous voulons partager une conviction: notre agriculture est faite pour nourrir, pas pour produire. Ni pour mourir.

Premiers signataires:
Amroze ADJUWARD (Yvelines), Lokmane BENABID (Moselle), Aurélien BERNICCHIA (Seine-et-Marne), Nicolas Brien (Allier), Loline Bertin (Seine Saint Denis), Louis-Simon Boileau (Paris), Hicham Boubetra (Essonne), Baptiste Fournier (Essonne), Nicolas Jaouen (Yvelines), Serdar KAYA (Oise), Anthony LEROY (Puy de Dôme), Arnaud Mac Farlane (Meuse), Amin Mbarki (Seine Saint Denis), Charles Ohlgusser (Paris), Lucas Peyre (Puy de Dôme), Julien RANC (Rhone), Sabrine SASSI (Essonne), John Samingo (Seine et Marne), Eloïse Schollaert (Paris), Lilia Salmi (Bas Rhin), Mathias VERMESSE (Ariège), Etienne Westphal (Bas-Rhin) Rémi MASSIE  (Tarn), Fabrice CABRAL (Tarn),  Yannick HONORAT (Haute-Garonne),  Sébastien DESPOISSE  (Hérault ) 


Retrouver le lien de la tribune


#Réinventer la Sécurité Sociale#

 

Le dimanche 4 octobre, la Sécurité sociale aura 70 ans. Un âge vénérable, qui force l’admiration, pour ce qui est le plus grand projet politique de l’histoire contemporaine : depuis l’apparition de la Sécurité sociale, les hommes et les femmes ne sont pas laissés seuls face aux drames de la vie. La maladie, les accidents, le chômage sont des risques, mais la solidarité est là pour que la vie continue.

Une fois le temps de la célébration venu, cet anniversaire laissera pourtant un goût amer. Aujourd’hui, la Sécurité sociale de 2015 n’est plus dans le même état qu’en 1945.

D’abord aux yeux des Français. Dans l’imaginaire collectif, la protection sociale n’est plus un projet politique émancipateur, issu du Conseil national de la Résistance. En 2015, la « Sécu » se résume pour nous à une feuille de soins ou un guichet. Un malaise s’est installé, qui se traduit d’un côté par un discours virulent contre des « profiteurs » souvent fantasmé, de l’autre par un non-recours à la protection sociale dans des proportions endémiques.

Car les Français les plus modestes, ceux que certains politiciens aiment décrire comme des « assistés », ne se tournent plus naturellement vers la Sécurité sociale : près de la moitié des Français qui auraient droit au revenu de solidarité active (RSA) ne le demanderont jamais ; la proportion est la même pour la couverture maladie universelle (CMU) complémentaire.

Vieux jeu

Qu’est-ce qui pousse tant de Français à renier la « Sécu « à la veille de ses 70 ans ? Difficile de ne pas voir que la « Sécu » paraît vieux jeu, à côté de la plaque, mal à l’aise pour répondre à l’évolution des risques sociaux. Les accidents de travail de 2015 ne sont plus ceux de 1945 : le « burn-out » ou l’épuisement au travail, conséquence d’une économie de services mise sous pression boursière, n’a plus grand-chose à voir avec les membres mutilés des ouvriers agricoles. Les familles de 2015 ne sont plus celles de 1945 : de nouvelles recompositions les traversent, de nouvelles fractures aussi.

Ainsi, la principale cause de pauvreté chez les familles monoparentales est souvent le non-versement d’une pension alimentaire suite à un divorce, un phénomène qui concernait une infime minorité des familles en 1945. Surtout, la France de 1945, ouvrière, jeune, du plein-emploi, n’existe plus.

Inventée hier pour protéger les travailleurs, la Sécurité sociale doit aujourd’hui faire face à l’allongement de la durée de vie et au chômage de masse : comment protéger après le travail ? Comment protéger hors du travail ? Dans une société où la retraite moyenne est à 1 206 euros nets quand le prix moyen d’une place en maison de retraite dépasse 1 800 euros, dans une société où une personne de plus de 80 ans sur sept aura la maladie d’Alzheimer, dans une société où le chômage des jeunes n’est pas redescendu sous la barre des 15 % depuis plus d’un quart de siècle, il faut reconnaître que notre Sécurité sociale protège mal.

Rien d’étonnant que le premier sujet d’angoisse des Français soit, selon une étude récente du Credoc, les pensions de retraite ou que la jeunesse de France soit massivement encline à l’expatriation… Qu’allons-nous faire des 70 ans de la Sécurité sociale ? Pour notre jeune génération, répondre à cette question c’est aussi dire ce que nous voulons faire de nos 70 ans.

Nous voulons que pour nos 70 ans, on nous dise que la Sécurité sociale est un sujet trop important pour qu’elle soit confiée aux marchés financiers. Aujourd’hui, de puissants groupes de cliniques ou de maisons de retraite privées sont cotés en bourse, tandis que les mutuelles grignotent les prérogatives de la « Sécu ».

Véritablement universelle

Demain, la protection sociale devra repasser sous le contrôle des citoyens, avec la nationalisation des organismes privés de Sécurité sociale. Les mutuelles dites « complémentaires » pourraient ainsi être absorbées par la Sécurité sociale, pour le plus grand bien commun : le déficit de l’assurance maladie s’élève chaque année à 8 milliards d’euros, tandis que les surcoûts de gestion et de publicité des mutuelles privées avoisinent les 8 milliards.

Nous voulons également que pour nos 70 ans, on nous dise que chaque Français contribue à la solidarité et en reçoit équitablement le produit. Dans une France qui ne connaît plus le plein-emploi, il n’y a aucune raison que les seuls travailleurs participent au financement de la Sécurité sociale. Tout citoyen doit être mis à contribution, y compris les retraités les plus aisés. En retour, la Sécurité sociale devra devenir véritablement universelle.

Stop au RSI (régime social des indépendants), à la MSA, aux Agirc-Arrco et à tous ces acronymes barbares : les régimes de protection doivent être fondus en un seul socle, qui garantisse la même sécurité, que l’on soit artisan, agriculteur ou fonctionnaire. Nous voulons enfin que pour nos 70 ans, on nous dise que la bureaucratie ne peut pas tenir lieu de politique sociale.

Aujourd’hui, on n’a pas droit à la protection sociale, on consomme de la protection sociale. Demain, la protection sociale devra se réconcilier avec la démocratie et l’individu devra s’y trouver au cœur. Les enjeux liés à l’allongement de la durée de vie ne pourront pas être traités à un guichet, ils devront être traités dans les familles, sur le lieu de travail. Ce ne sont pas les guichets qui prennent soin des malades, des enfants, des personnes âgées. Ce sont toujours en fin de compte des proches, bien souvent des aidants familiaux, dont quatre millions de salariés.

Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, leur présence est indispensable : pourquoi les entreprises n’intégreraient pas ce nouveau fait social, en prévoyant des mécanismes d’incitation (préretraites, temps partiel) ? Pourquoi ne pas prévoir un « service familial », sur le modèle du service civique, pour permettre aux aidants familiaux de participer à une société plus juste, plus respectueuse de nos aînés ?

Sur les ruines d’une France sortie de la guerre, le rêve de la Sécurité sociale est devenu réalité il y a 70 ans. Sur les décombres de la crise de 2008, notre génération aura le devoir de réenchanter ce rêve.

 

Créé à la suite de l’Affaire Cahuzac, le réseau « Inventons Demain » fédère de jeunes élus et militants socialistes de terrain, essentiellement dans les zones dites "périphériques".

 

Parmi les signataires de cette tribune: 

Amroze ADJUWARD (Yvelines), Lokmane BENABID (Moselle), Aurélien BERNICCHIA (Seine-et-Marne), Nicolas Brien (Allier), Louis-Simon Boileau (Paris), Serdar KAYA (Oise), Anthony LEROY (Puy de Dôme), Julien RANC (Rhone), Sabrine SASSI (Essonne), Mathias VERMESSE (Ariège), Christian LAFON (Ariège), Rémi MASSIE  (Tarn), Fabrice CABRAL (Tarn), Éric FORICHON  (Haute-Garonne ), Yannick HONORAT (Haute-Garonne), Stéphane BONZOM (Haute-Garonne), Sébastien DESPOISSE  (Hérault ), Géraldine DUTHEIL  ( Hautes-Pyrénées), Bernard BOS  (Tarn-et-Garonne), Delphine LITCHMAN (Ariège)

 


#Le kérosène, pompe à fric de la République#

Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage. En ces temps de disette pour les finances publiques, quand on veut tuer un service public, on l’accuse de coûter trop cher.

« Quand vous voyez qu’un voyage en train pour faire
Bordeaux-Lyon coûte 137 euros, et est subventionné, en plus, à hauteur de 281 euros ! Face à cela, le même trajet avec une compagnie aérienne low-cost coûte 96 euros
 ».

Cette sentence, prononcée par un député socialiste chargé de réfléchir sur l’avenir de nos trains de proximité, était censée nous convaincre de la nécessité de supprimer certaines lignes de train « Intercités », qui relient entre elles les villes de province.


En réalité, cette déclaration est surtout l’occasion de lever le voile sur un des secrets les mieux gardés du Budget de la République : les compagnies aériennes sont les reines du cadeau fiscal. Grâce à ces largesses, les vols domestiques sont en train d’enterrer le service public ferroviaire. Et les parlementaires, de droite comme de gauche, ne semblent ni s’en apercevoir, ni s’en émouvoir.

Peu de Français le savent, mais le plus gros cadeau fiscal de la République va aux compagnies aériennes, sous la forme d’une exonération intégrale de la Taxe Intérieure sur la Consommation des produits énergétiques (TICPE, ex-TIPP). Dit plus clairement : les compagnies aériennes ne paient pas un centime de taxe sur les litres de kérosène engloutis par leurs avions.

Ainsi le kérosène est le seul carburant d'origine fossile dont la consommation ne supporte aucune taxe. En parallèle, les compagnies de chemin de fer croulent sous les taxes, avec notamment  la contribution au service public de l’électricité (CSPE), dont l’objet premier est de financer le développement des énergies renouvelables, alors même que l’électricité française est largement décarbonée. Dans le cas de la SNCF, cette CSPE représente plus de 56 millions d’euros chaque année. Ce sont donc les consommateurs d’une énergie faiblement émettrice en CO2 qui sont pénalisés au profit de ceux qui choisissent des carburants plus polluants. Le principe du « pollueur-payeur » aurait-il disparu de notre fiscalité?

La France aura à justifier de cette aberration au moment de la COP 21, quand le pays hôte demandera aux puissances émergentes de faire des efforts colossaux pour réduire les gaz à effet de serre. Le gouvernement devra également justifier de cette concurrence déloyale quand les lignes de chemin de fer « Intercités » les plus fragiles seront fermées, causant le sinistre de régions entières et la destruction massive d’emplois non-délocalisables de cheminots.

Le choix d’actionner la pompe à fric pour l’aviation au détriment des chemins de fer n’est ni durable, ni équitable.


Cette niche fiscale représente un manque à gagner pour l’Etat de 3,5 milliards d’euros par an pour les vols au départ et à l’arrivée du territoire français. Dit plus concrètement : tous les ans, chaque foyer fiscal signe un chèque de 100 euros aux compagnies aériennes privées, françaises ou étrangères. Non content d’être un désastre environnemental, ce cadeau fiscal est bel et bien un privilège de riches, une redistribution fiscale à l’envers. On estime en effet que l’exonération de taxe intérieure sur la consommation pour le carburant utilisé dans l’aviation a pour effet de réduire de 12% le prix des billets. Ces derniers sont pourtant principalement achetés par des catégories sociales dont le revenu est au-dessus de la moyenne, issues des métropoles, pendant que les plus jeunes, les plus ruraux et les plus modestes privilégient le train ou le covoiturage.

 

 

Le kérosène aux frais de la République reste cependant une spécificité française, le genre de petits péchés fiscaux honteux dont on aimerait bien que personne ne les remarque. La Convention de Chicago sur le transport aérien, ratifiée par la France, prévoie l’exemption de toute taxe pour le carburant d’aviation destiné aux vols internationaux, au nom de la libre circulation. Cela n’a en rien empêché les Etats Unis, le Japon, le Brésil ou la Suisse de taxer les vols intérieurs, depuis bien longtemps.

Qu’attendons-nous pour mettre fin à cette anomalie ? La taxation des seuls vols à l’intérieur de l’Hexagone permettrait de récupérer plus de 400 millions d’euros chaque année. La fin des déficits pour les lignes ferroviaires de proximité (TET) et l’ouverture nocturne du métro parisien sont deux serpents de mer, sans cesse repoussés faute de moyens. Pourtant, leurs coûts (respectivement 350 millions et 50 millions d’euros) pourraient être intégralement pris en charge si l’on mettait fin à cette seule niche fiscale. En un amendement, nos parlementaires pourraient mettre fin à un cadeau fiscal injuste, réduire une incitation à polluer et financer les transports en commun pour les Français les plus modestes.

 

Le kérosène ne pousse pas sur les arbres. Qu’en est-il du courage politique ?

 

 

Créé à la suite de l’Affaire Cahuzac, le réseau « Inventons Demain » fédère de jeunes élus et militants socialistes de terrain, essentiellement dans les zones dites "périphériques".


Premiers signataires :

Amroze ADJUWARD (Yvelines)

Maxence ALLOTO (Isère)
Damien ANCRENAZ (Savoie)
Benoit AUTEREAU (Seine-et-Marne)
Abdoulaye BATHILY (Val-de-Marne)
Lokmane BENABID (Moselle)

Romain BENTEGEAT (Seine-Saint-Denis)

Aurélien BERNICCHIA (Seine-et-Marne)
Louis-Simon BOILEAU (Paris)

Arnaud BONNET (Ile-et-Villaine)
Hicham BOUBETRA (Essonne)
Laurent BOUQUET (Haute-Marne)

Sami BOUZID (Var)

Nicolas BRIEN (Allier)

Fabrice CABRAL (Tarn)

Arnaud CARRE (Marne)

Flavien CARTIER (Vienne)
Fabien DUQUESNE (Paris)

Géraldine DUTHEIL (Hautes Pyrénées)
Marc-Henri DUVERNET (Jura)

Jordan ESNAULT (Loire Atlantique)
Maxime GONZALEZ (Isère)

Lina JALI (Seine-et-Marne)

Romain JEHANIN (Hauts-de-Seine)

Serdar KAYA (Oise)

Etienne LEJEUNE (Creuse)

Mathieu LEMAL (Gard)

Anthony LEROY (Puy de Dôme)

Arnaud MAC FARLANE (Meuse)
Mathieu MAYER (Aisne)

Amin MBARKI (Seine-Saint-Denis)

Paul-Maxence MURGUE (Rhône)
Lucas PEYRE (Puy-de-Dôme)

Quentin PICARD (Rhône)

Mathieu PIRON (Savoie)
Julien RANC (Rhone)

Frédérique REIBELL (Seine-Saint-Denis)

Fabrice RIZZOLI (Val d'Oise)

Grégoire RUHLAND (Meurthe-et-Moselle)

Lilia SALMI (Bas Rhin)
John SAMINGO (Seine-et-Marne)
Sabrine SASSI (Essonne)

Damien THIBAULT (Hautes Alpes)

Mathias VERMESSE (Ariège)


#Déclarons la guerre à la Suisse#

Tribune publiée dans Médiapart, le 11.02.15

Pour en finir avec des paradis fiscaux qui « ne plieront que sous la menace », le réseau de jeunes socialistes Inventons demain propose que la France, l'Allemagne et l'Italie s'entendent pour leur faire subir sans délai « des sanctions proportionnelles aux pertes financières qu’ils nous infligent ». Des pertes qui s'élèvent à 29 milliards d'euros de recettes fiscales pour ces trois pays.



 

La finance a ses raisons que la politique ne connaît pas, ou connaît mal. Les récentes révélations « Swiss Leaks » nous le rappellent : la finance de l’ombre, tapie dans les paradis fiscaux, se porte bien.

12 % du patrimoine financier des ménages européens serait détenu dans les paradis fiscaux. Rien que pour les trois principales économies de la zone euro, l’Allemagne, l’Italie et la France, 900 milliards d’euros sont dissimulés dans les paradis fiscaux. Pour les 5,6 millions de nos jeunes concitoyens européens empêtrés dans le chômage, cette somme est indécente et ces chiffres sont un mirage. Pourtant, les paradis fiscaux sont une réalité, une réalité qui coûte cher à nos économies convalescentes, une réalité qui détruit nos sociétés.

Dans tous les pays d’Europe, des multinationales réalisent des ventes conséquentes sans payer un euro d’impôt, en échappant à l’effort de redressement des comptes publics et en domiciliant leurs profits dans les paradis fiscaux. Dans tous les pays d’Europe, les réseaux du crime organisé prolifèrent grâce à des banques peu regardantes. Dans tous les pays d’Europe, les mouvements politiques extrémistes progressent au gré des révélations sur les scandales de corruption. Combien de temps allons-nous encore tolérer les paradis fiscaux nichés telles des verrues au cœur de l’Europe ? Ces Etats nocifs ont généré des crises financières, aggravé la crise budgétaire et alimenté la crise démocratique. Trois ans après le discours du Bourget, nous connaissons notre ennemi, mais qu’attendons-nous pour agir contre cette finance qui ronge nos économies et nos sociétés?

Les optimistes nous répondront que l’Union européenne a fini par valider le passage à l’échange automatique d’informations fiscales entre Etats et qu’ainsi nul paradis fiscal ne pourra se réfugier plus longtemps derrière le secret bancaire. Pour que cet échange fonctionne, il faut partir du postulat naïf que les paradis fiscaux donneront effectivement les informations demandées. Nous savons que ce ne sera pas le cas : rien n’est prévu pour vérifier qu’ils le feront bien et aucune sanction n’est explicitement prévue pour ceux qui ne joueront pas le jeu.

Nous partageons donc la sincère conviction que seul compte véritablement le rapport de forces international et que les paradis fiscaux ne plieront que sous la menace de sanctions. Si les gouvernements de l’Allemagne, de l’Italie et de la France reprenaient le contrôle souverain sur les fonds dissimulés dans les paradis fiscaux, 29 milliards d’euros de recettes fiscales seraient récupérées. En période de crise, alors que les gouvernements européens demandent à nos concitoyens des sacrifices financiers sans précédents, comment tolérer encore un peu plus ces attaques sur notre souveraineté ?

Rien ne nous condamne à l’impuissance. Les paradis fiscaux ont la caractéristique d’être des géants financiers, mais également des nains politiques et économiques. Sans plus tarder, nous proposons une nouvelle méthode, autour d’une nouvelle alliance.

Nous demandons que les trois plus grandes économies de la zone euro, toutes trois dirigées par des coalitions où siègent des socio-démocrates, se rapprochent et appliquent sans délai aux paradis fiscaux des sanctions proportionnelles aux pertes financières qu’ils nous infligent. Le secret bancaire n’est rien d’autre qu’une forme de subvention déguisée aux banques logées dans les paradis fiscaux. Il s’agit d’une distorsion de concurrence et donc d’une infraction aux règles de l’OMC. D’après les règles de cette organisation, les Etats sont en droit d’imposer des représailles commerciales égales au préjudice qu’elles subissent. Si nos pays se liguent, ils peuvent contraindre les paradis fiscaux à abandonner le secret bancaire, en imposant conjointement des droits de douane sur les biens qu’ils importent de ces pays, ou en appliquant des mesures d’embargo financier. L’exemple suisse donne une idée du rapport de force que nous pourrions créer : l’Allemagne, l’Italie et la France représentent 35 % des exportations de ce pays, alors même que la Suisse ne compte que pour 5 % de nos débouchés. En imposant des tarifs douaniers de 30 %, nous pourrions utiliser la force du droit international pour obliger ce pays à abandonner le secret bancaire et à sortir de l’ombre. Qu’attendons-nous pour agir ?

Au lendemain d’élections grecques capitales pour l’avenir de notre continent, nos dirigeants ont le devoir de réconcilier les peuples avec l’action publique. Nous devons dire la vérité à nos concitoyens : il n’existe pas de sortie de crise durable sans la mise au pas de la finance de l’ombre.