Les idées d'I.D dans les médias

Agitateur d'idées, Inventons Demain se nourrit des nombreux ateliers qu'il organise autour d'intellectuels renommés pour "secouer le cocotier" politique et interpeller. 

Voici quelques tribunes que nous avons publiées dans les grands médias nationaux, ainsi que des exemples d'interventions de nos référents départementaux dans la presse locale. 

TRIBUNE - "Quand la France périphérique s’éveillera, la gauche gagnera"

Publiée par Le Monde - le 6 février 2017

Il existe une France qui ne s’intéresse pas aux primaires des partis politiques. Les partis politiques le lui rendent bien, et s’intéressent de moins en moins à elle.

 

Cette France se trouve de l’autre côté des périphériques, loin des transports en commun, loin des CDI, loin des métropoles. Cette France des banlieues, des territoires périurbains et ruraux est majoritaire sociologiquement mais minoritaire politiquement. Autrefois, on l’appelait la « France populaire », aujourd’hui on l’appelle la « France périphérique ».

 

Ainsi, un parisien sur dix a voté au premier tour de la primaire de gauche, tandis qu’au niveau national, on atteint 3,5%. De façon symétrique, à la primaire de droite, les Hauts-de-Seine se sont trois fois plus mobilisés que le Pas-de-Calais. Une fois les primaires passées, la « France périphérique » redeviendra centrale, le temps de la campagne présidentielle. Avec un taux de participation de plus de 80%, c’est la seule élection où les catégories populaires s’expriment et jouent un rôle déterminant.

 

Jeunes responsables politiques de gauche, issus de la France périphérique, nous voulons la remettre au cœur du débat présidentiel, car cette France glisse doucement à l’écart du regard de la République.

 

Dans nos territoires, depuis la crise de 2008, la puissance publique n’a plus réellement de moyens pour lutter contre les mécanismes de ségrégation sociale. Alors que les « déserts » ferroviaires, médicaux, sociaux s’étendent, le mot « fonctionnaire » n’a quasiment pas été prononcé dans les débats des primaires de la gauche. Soumis à la révision générale des politiques publiques (RGPP) et au gel du point d’indice, menacés dans leur existence même par la droite thatchérienne, placés en première ligne des tensions sociales, les infirmières, les pompiers, les gendarmes, les enseignants sont pourtant le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.

 

Dans notre France des sous-préfectures, celle qui fera l’élection présidentielle, nous dépendons de plus en plus de l’emploi public, seul « bouclier » contre les fluctuations du cycle économique, et de moins en moins du travail sur place. Nos territoires attendent de la gauche une priorité au travail: un prix rémunérateur pour les paysans, un labeur rémunéré à sa juste valeur pour les ouvriers, des heures pour les employées à temps partiel. Ne pas revaloriser le travail des individus, ce serait accentuer l’angoisse du déclassement.

 

La Gauche a la responsabilité d’y répondre, en traçant pendant la présidentielle un chemin tangible pour réduire les inégalités sociales, donc territoriales. Deux mouvements sociaux ont secoué ce quinquennat. Le premier, celui contre le mariage pour tous, a trouvé son débouché politique dans la désignation de François Fillon comme candidat de la droite. Le second, celui contre la loi travail, a abouti ce dimanche dans la nette victoire de Benoit Hamon. Le désarroi de la « France périphérique »  n’a pas encore trouvé sa traduction mais ne restera pas sans point de chute électoral.

 

En politique, la prévision est rarement le résultat. Sous la Vème République, le vainqueur des sondages de janvier n’est jamais le vainqueur des urnes de mai. La campagne s’ouvre et nous nous y investirons pleinement. L’heure est à une gauche déterminée, qui a toutes les clés en main pour l’emporter. Saura-t-elle trouver le chemin vers la « France Périphérique »? Après avoir parlé au peuple des primaires, il faudra s’adresser au peuple de France.


# Des socialistes contre la PAC: "Notre agriculture est faite pour nourrir, pas pour produire"

 


    

     Darwin s'est invité sur nos exploitations agricoles. Depuis près d'un demi-siècle, l'Union Européenne met en œuvre une politique agricole qui n'a d'autre nom que la loi du plus fort.

Pourtant, comme beaucoup de projets européens, la Politique Agricole Commune était à l'origine mue par un idéal: faire disparaitre le spectre des famines qui avaient dévasté le continent. Heureux idéal, tristes conséquences.

Le bilan de la PAC est avant tout celui du plus grand plan social de l'histoire de notre pays. En 20 ans, le nombre d'exploitations agricoles en France a baissé de moitié. Alors que le chômage des jeunes pointe à 25% dans les régions les plus rurales (comme l'Auvergne), des centaines d'exploitations ferment, faute de repreneurs. Et pour cause. Le statut social du paysan a été dégradé, rabaissé, rabougri par la PAC. Aujourd'hui, un paysan ne gagne plus sa vie par ses produits ou par la qualité de son travail, mais par les papiers qu'il doit remplir pour que son superviseur bruxellois daigne lui verser son «allocation» ou son «indemnité». Des centaines de milliers de foyers ruraux ont été plongés dans la précarité: l'immense majorité des éleveurs français vit avec un revenu inférieur au SMIC, tandis que leurs parents se contentent de retraites en dessous du seuil de pauvreté.

A qui profite le crime? La PAC a été inventée pour accélérer le passage d'une agriculture extensive, riche en travailleurs, à une agriculture intensive, riche en machines. Aujourd'hui, certaines exploitations comptent plus de drones que d'hommes. Les aides européennes encouragent la concentration des terres entre les mains des plus forts, ceux qui peuvent accumuler les hectares et acquérir les équipements high-tech à grands renforts d'emprunts. En incitant les agriculteurs à s'endetter pour s'équiper, l'Union Européenne a créé un plan de soutien massif aux équipementiers agricoles et aux banques. Que seraient BASF ou le Crédit Agricole sans ces cinquante ans de PAC?

L'agriculture française ne traverse pas une crise, elle est à un tournant. Un choix de société s'offre à nous: 50% des élevages ont plus de 50 ans. D'ici à 15 ans, la moitié de nos vaches, de nos brebis et de nos porcs vont changer de mains. Que voulons-nous? Des regroupements massifs d'exploitations agricoles, avec toujours plus de projets pharaoniques comme la «ferme des mille vaches»? Ou bien la transmission de ces exploitations à de jeunes exploitants, formés à de nouvelles pratiques plus respectueuses du produit final, de l'environnement et de notre santé?

Ce tournant historique nécessite une réponse historique. Ceci sera donc le premier appel de socialistes à rejeter la Politique Agricole Commune. Cet appel surprendra. La gauche, par snobisme ou par ouvriérisme, a longtemps rabaissé la question paysanne à du folklore local. A tort. Trop l'oublient: la PAC nous accompagne trois fois par jour dans notre assiette. Elle est la première politique européenne et son premier budget. Elle conditionne notre santé et pour 4 millions de paysans en France, elle détermine leur statut social.

 

La seule voix qui porte aujourd'hui dans le monde paysan est celle de Marine Le Pen, car elle est la seule responsable politique à proposer une alternative à la Politique Agricole Commune, sous le nom de PAF, Politique Agricole Française.

 

Cette PAF a été rédigée dans un bureau à Saint-Cloud. Elle serait une tragédie pour nos campagnes. Quand elle fermera les frontières, que dira Marine Le Pen à nos éleveurs qui envoient leurs broutards en Italie? Que l'on reproduira à l'échelon français ce que l'on fait à l'échelon européen? Remplacer les technocrates de Bruxelles par les technocrates de Paris ne changera rien au malaise paysan et la «PAF» sera une impasse.

 

Une autre alternative est possible. Nous appelons à un changement de modèle, pas à un changement d'échelle. Plutôt que de privilégier l'offre de produits agricoles, il est possible privilégier la demande. Plutôt qu'une Politique Agricole Commune, nous proposons une Politique Alimentaire Commune.

 

Notre système d'aides doit être totalement revu, avec un principe simple: les subventions seraient versées aux consommateurs et non plus aux producteurs, aux cantines scolaires plutôt qu'aux agriculteurs. En échange de cette manne, les cantines scolaires s'engageraient à se fournir dans un rayon de 100km, assurant ainsi que les agriculteurs européens restent les seuls bénéficiaires de la Politique Alimentaire Commune.

 

Pour l'Europe, la Politique Alimentaire Commune serait une Révolution. Elle permettrait aux cantines scolaires de fournir aux jeunes européens des repas gratuits, conçus à partir de produits locaux, respectueux du rythme des saisons. Elle revaloriserait le statut du paysan, qui ne serait plus un simili fonctionnaire condamné à attendre les allocations de Bruxelles mais un producteur conforté dans un rôle social majeur, celui de nourrir les jeunes générations. Elle rendrait les agriculteurs moins dépendants des fluctuations des marchés internationaux des matières premières agricoles, en garantissant une demande stable, prévisible, de proximité. Elle ferait maigrir le monstre bureaucratique, qui n'aurait plus à pondre d'étouffantes normes mais à veiller au seul critère de proximité. Elle réduirait les distances entre producteurs et consommateurs, recréant du lien entre urbains et paysans et réduisant les émissions de CO2. Elle réduirait les risques sanitaires, en raccourcissant la chaine du froid et en garantissant l'origine des productions.

 

La Politique Alimentaire Commune serait un atout pour la France. Plus dynamique démographiquement que ses voisins, la France a le nombre d'enfants scolarisés le plus élevé d'Europe. Elle resterait donc bénéficiaire de cette nouvelle politique européenne.

Avec la Politique Alimentaire Commune, nous voulons partager une conviction: notre agriculture est faite pour nourrir, pas pour produire. Ni pour mourir.

Premiers signataires:
Amroze ADJUWARD (Yvelines), Lokmane BENABID (Moselle), Aurélien BERNICCHIA (Seine-et-Marne), Nicolas Brien (Allier), Loline Bertin (Seine Saint Denis), Louis-Simon Boileau (Paris), Hicham Boubetra (Essonne), Baptiste Fournier (Essonne), Nicolas Jaouen (Yvelines), Serdar KAYA (Oise), Anthony LEROY (Puy de Dôme), Arnaud Mac Farlane (Meuse), Amin Mbarki (Seine Saint Denis), Charles Ohlgusser (Paris), Lucas Peyre (Puy de Dôme), Julien RANC (Rhone), Sabrine SASSI (Essonne), John Samingo (Seine et Marne), Eloïse Schollaert (Paris), Lilia Salmi (Bas Rhin), Mathias VERMESSE (Ariège), Etienne Westphal (Bas-Rhin) Rémi MASSIE  (Tarn), Fabrice CABRAL (Tarn),  Yannick HONORAT (Haute-Garonne),  Sébastien DESPOISSE  (Hérault ) 


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#Tribune : Réinventer la Sécurité Sociale#


Le dimanche 4 octobre, la Sécurité sociale aura 70 ans. Un âge vénérable, qui force l’admiration, pour ce qui est le plus grand projet politique de l’histoire contemporaine : depuis l’apparition de la Sécurité sociale, les hommes et les femmes ne sont pas laissés seuls face aux drames de la vie. La maladie, les accidents, le chômage sont des risques, mais la solidarité est là pour que la vie continue.

Une fois le temps de la célébration venu, cet anniversaire laissera pourtant un goût amer. Aujourd’hui, la Sécurité sociale de 2015 n’est plus dans le même état qu’en 1945.

D’abord aux yeux des Français. Dans l’imaginaire collectif, la protection sociale n’est plus un projet politique émancipateur, issu du Conseil national de la Résistance. En 2015, la « Sécu » se résume pour nous à une feuille de soins ou un guichet. Un malaise s’est installé, qui se traduit d’un côté par un discours virulent contre des « profiteurs » souvent fantasmé, de l’autre par un non-recours à la protection sociale dans des proportions endémiques.

Car les Français les plus modestes, ceux que certains politiciens aiment décrire comme des « assistés », ne se tournent plus naturellement vers la Sécurité sociale : près de la moitié des Français qui auraient droit au revenu de solidarité active (RSA) ne le demanderont jamais ; la proportion est la même pour la couverture maladie universelle (CMU) complémentaire.

Vieux jeu

Qu’est-ce qui pousse tant de Français à renier la « Sécu « à la veille de ses 70 ans ? Difficile de ne pas voir que la « Sécu » paraît vieux jeu, à côté de la plaque, mal à l’aise pour répondre à l’évolution des risques sociaux. Les accidents de travail de 2015 ne sont plus ceux de 1945 : le « burn-out » ou l’épuisement au travail, conséquence d’une économie de services mise sous pression boursière, n’a plus grand-chose à voir avec les membres mutilés des ouvriers agricoles. Les familles de 2015 ne sont plus celles de 1945 : de nouvelles recompositions les traversent, de nouvelles fractures aussi.

Ainsi, la principale cause de pauvreté chez les familles monoparentales est souvent le non-versement d’une pension alimentaire suite à un divorce, un phénomène qui concernait une infime minorité des familles en 1945. Surtout, la France de 1945, ouvrière, jeune, du plein-emploi, n’existe plus.

Inventée hier pour protéger les travailleurs, la Sécurité sociale doit aujourd’hui faire face à l’allongement de la durée de vie et au chômage de masse : comment protéger après le travail ? Comment protéger hors du travail ? Dans une société où la retraite moyenne est à 1 206 euros nets quand le prix moyen d’une place en maison de retraite dépasse 1 800 euros, dans une société où une personne de plus de 80 ans sur sept aura la maladie d’Alzheimer, dans une société où le chômage des jeunes n’est pas redescendu sous la barre des 15 % depuis plus d’un quart de siècle, il faut reconnaître que notre Sécurité sociale protège mal.

Rien d’étonnant que le premier sujet d’angoisse des Français soit, selon une étude récente du Credoc, les pensions de retraite ou que la jeunesse de France soit massivement encline à l’expatriation… Qu’allons-nous faire des 70 ans de la Sécurité sociale ? Pour notre jeune génération, répondre à cette question c’est aussi dire ce que nous voulons faire de nos 70 ans.

Nous voulons que pour nos 70 ans, on nous dise que la Sécurité sociale est un sujet trop important pour qu’elle soit confiée aux marchés financiers. Aujourd’hui, de puissants groupes de cliniques ou de maisons de retraite privées sont cotés en bourse, tandis que les mutuelles grignotent les prérogatives de la « Sécu ».

Véritablement universelle

Demain, la protection sociale devra repasser sous le contrôle des citoyens, avec la nationalisation des organismes privés de Sécurité sociale. Les mutuelles dites « complémentaires » pourraient ainsi être absorbées par la Sécurité sociale, pour le plus grand bien commun : le déficit de l’assurance maladie s’élève chaque année à 8 milliards d’euros, tandis que les surcoûts de gestion et de publicité des mutuelles privées avoisinent les 8 milliards.

Nous voulons également que pour nos 70 ans, on nous dise que chaque Français contribue à la solidarité et en reçoit équitablement le produit. Dans une France qui ne connaît plus le plein-emploi, il n’y a aucune raison que les seuls travailleurs participent au financement de la Sécurité sociale. Tout citoyen doit être mis à contribution, y compris les retraités les plus aisés. En retour, la Sécurité sociale devra devenir véritablement universelle.

Stop au RSI (régime social des indépendants), à la MSA, aux Agirc-Arrco et à tous ces acronymes barbares : les régimes de protection doivent être fondus en un seul socle, qui garantisse la même sécurité, que l’on soit artisan, agriculteur ou fonctionnaire. Nous voulons enfin que pour nos 70 ans, on nous dise que la bureaucratie ne peut pas tenir lieu de politique sociale.

Aujourd’hui, on n’a pas droit à la protection sociale, on consomme de la protection sociale. Demain, la protection sociale devra se réconcilier avec la démocratie et l’individu devra s’y trouver au cœur. Les enjeux liés à l’allongement de la durée de vie ne pourront pas être traités à un guichet, ils devront être traités dans les familles, sur le lieu de travail. Ce ne sont pas les guichets qui prennent soin des malades, des enfants, des personnes âgées. Ce sont toujours en fin de compte des proches, bien souvent des aidants familiaux, dont quatre millions de salariés.

Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, leur présence est indispensable : pourquoi les entreprises n’intégreraient pas ce nouveau fait social, en prévoyant des mécanismes d’incitation (préretraites, temps partiel) ? Pourquoi ne pas prévoir un « service familial », sur le modèle du service civique, pour permettre aux aidants familiaux de participer à une société plus juste, plus respectueuse de nos aînés ?

Sur les ruines d’une France sortie de la guerre, le rêve de la Sécurité sociale est devenu réalité il y a 70 ans. Sur les décombres de la crise de 2008, notre génération aura le devoir de réenchanter ce rêve.

 

Créé à la suite de l’Affaire Cahuzac, le réseau « Inventons Demain » fédère de jeunes élus et militants socialistes de terrain, essentiellement dans les zones dites "périphériques".


Parmi les signataires de cette tribune: 

Amroze ADJUWARD (Yvelines), Lokmane BENABID (Moselle), Aurélien BERNICCHIA (Seine-et-Marne), Nicolas Brien (Allier), Louis-Simon Boileau (Paris), Serdar KAYA (Oise), Anthony LEROY (Puy de Dôme), Julien RANC (Rhone), Sabrine SASSI (Essonne), Mathias VERMESSE (Ariège), Christian LAFON (Ariège), Rémi MASSIE  (Tarn), Fabrice CABRAL (Tarn), Éric FORICHON  (Haute-Garonne ), Yannick HONORAT (Haute-Garonne), Stéphane BONZOM (Haute-Garonne), Sébastien DESPOISSE  (Hérault ), Géraldine DUTHEIL  ( Hautes-Pyrénées), Bernard BOS  (Tarn-et-Garonne), Delphine LITCHMAN (Ariège)



#Tribune : Le kérosène, pompe à fric de la République#

Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage. En ces temps de disette pour les finances publiques, quand on veut tuer un service public, on l’accuse de coûter trop cher.

« Quand vous voyez qu’un voyage en train pour faire
Bordeaux-Lyon coûte 137 euros, et est subventionné, en plus, à hauteur de 281 euros ! Face à cela, le même trajet avec une compagnie aérienne low-cost coûte 96 euros
 ».

Cette sentence, prononcée par un député socialiste chargé de réfléchir sur l’avenir de nos trains de proximité, était censée nous convaincre de la nécessité de supprimer certaines lignes de train « Intercités », qui relient entre elles les villes de province.


En réalité, cette déclaration est surtout l’occasion de lever le voile sur un des secrets les mieux gardés du Budget de la République : les compagnies aériennes sont les reines du cadeau fiscal. Grâce à ces largesses, les vols domestiques sont en train d’enterrer le service public ferroviaire. Et les parlementaires, de droite comme de gauche, ne semblent ni s’en apercevoir, ni s’en émouvoir.

Peu de Français le savent, mais le plus gros cadeau fiscal de la République va aux compagnies aériennes, sous la forme d’une exonération intégrale de la Taxe Intérieure sur la Consommation des produits énergétiques (TICPE, ex-TIPP). Dit plus clairement : les compagnies aériennes ne paient pas un centime de taxe sur les litres de kérosène engloutis par leurs avions.

Ainsi le kérosène est le seul carburant d'origine fossile dont la consommation ne supporte aucune taxe. En parallèle, les compagnies de chemin de fer croulent sous les taxes, avec notamment  la contribution au service public de l’électricité (CSPE), dont l’objet premier est de financer le développement des énergies renouvelables, alors même que l’électricité française est largement décarbonée. Dans le cas de la SNCF, cette CSPE représente plus de 56 millions d’euros chaque année. Ce sont donc les consommateurs d’une énergie faiblement émettrice en CO2 qui sont pénalisés au profit de ceux qui choisissent des carburants plus polluants. Le principe du « pollueur-payeur » aurait-il disparu de notre fiscalité?

La France aura à justifier de cette aberration au moment de la COP 21, quand le pays hôte demandera aux puissances émergentes de faire des efforts colossaux pour réduire les gaz à effet de serre. Le gouvernement devra également justifier de cette concurrence déloyale quand les lignes de chemin de fer « Intercités » les plus fragiles seront fermées, causant le sinistre de régions entières et la destruction massive d’emplois non-délocalisables de cheminots.

Le choix d’actionner la pompe à fric pour l’aviation au détriment des chemins de fer n’est ni durable, ni équitable.


Cette niche fiscale représente un manque à gagner pour l’Etat de 3,5 milliards d’euros par an pour les vols au départ et à l’arrivée du territoire français. Dit plus concrètement : tous les ans, chaque foyer fiscal signe un chèque de 100 euros aux compagnies aériennes privées, françaises ou étrangères. Non content d’être un désastre environnemental, ce cadeau fiscal est bel et bien un privilège de riches, une redistribution fiscale à l’envers. On estime en effet que l’exonération de taxe intérieure sur la consommation pour le carburant utilisé dans l’aviation a pour effet de réduire de 12% le prix des billets. Ces derniers sont pourtant principalement achetés par des catégories sociales dont le revenu est au-dessus de la moyenne, issues des métropoles, pendant que les plus jeunes, les plus ruraux et les plus modestes privilégient le train ou le covoiturage.

 

 

Le kérosène aux frais de la République reste cependant une spécificité française, le genre de petits péchés fiscaux honteux dont on aimerait bien que personne ne les remarque. La Convention de Chicago sur le transport aérien, ratifiée par la France, prévoie l’exemption de toute taxe pour le carburant d’aviation destiné aux vols internationaux, au nom de la libre circulation. Cela n’a en rien empêché les Etats Unis, le Japon, le Brésil ou la Suisse de taxer les vols intérieurs, depuis bien longtemps.

Qu’attendons-nous pour mettre fin à cette anomalie ? La taxation des seuls vols à l’intérieur de l’Hexagone permettrait de récupérer plus de 400 millions d’euros chaque année. La fin des déficits pour les lignes ferroviaires de proximité (TET) et l’ouverture nocturne du métro parisien sont deux serpents de mer, sans cesse repoussés faute de moyens. Pourtant, leurs coûts (respectivement 350 millions et 50 millions d’euros) pourraient être intégralement pris en charge si l’on mettait fin à cette seule niche fiscale. En un amendement, nos parlementaires pourraient mettre fin à un cadeau fiscal injuste, réduire une incitation à polluer et financer les transports en commun pour les Français les plus modestes.

 

Le kérosène ne pousse pas sur les arbres. Qu’en est-il du courage politique ?

 

 

Créé à la suite de l’Affaire Cahuzac, le réseau « Inventons Demain » fédère de jeunes élus et militants socialistes de terrain, essentiellement dans les zones dites "périphériques".


Premiers signataires :

Amroze ADJUWARD (Yvelines)

Maxence ALLOTO (Isère)
Damien ANCRENAZ (Savoie)
Benoit AUTEREAU (Seine-et-Marne)
Abdoulaye BATHILY (Val-de-Marne)
Lokmane BENABID (Moselle)

Romain BENTEGEAT (Seine-Saint-Denis)

Aurélien BERNICCHIA (Seine-et-Marne)
Louis-Simon BOILEAU (Paris)

Arnaud BONNET (Ile-et-Villaine)
Hicham BOUBETRA (Essonne)
Laurent BOUQUET (Haute-Marne)

Sami BOUZID (Var)

Nicolas BRIEN (Allier)

Fabrice CABRAL (Tarn)

Arnaud CARRE (Marne)

Flavien CARTIER (Vienne)
Fabien DUQUESNE (Paris)

Géraldine DUTHEIL (Hautes Pyrénées)
Marc-Henri DUVERNET (Jura)

Jordan ESNAULT (Loire Atlantique)
Maxime GONZALEZ (Isère)

Lina JALI (Seine-et-Marne)

Romain JEHANIN (Hauts-de-Seine)

Serdar KAYA (Oise)

Etienne LEJEUNE (Creuse)

Mathieu LEMAL (Gard)

Anthony LEROY (Puy de Dôme)

Arnaud MAC FARLANE (Meuse)
Mathieu MAYER (Aisne)

Amin MBARKI (Seine-Saint-Denis)

Paul-Maxence MURGUE (Rhône)
Lucas PEYRE (Puy-de-Dôme)

Quentin PICARD (Rhône)

Mathieu PIRON (Savoie)
Julien RANC (Rhone)

Frédérique REIBELL (Seine-Saint-Denis)

Fabrice RIZZOLI (Val d'Oise)

Grégoire RUHLAND (Meurthe-et-Moselle)

Lilia SALMI (Bas Rhin)
John SAMINGO (Seine-et-Marne)
Sabrine SASSI (Essonne)

Damien THIBAULT (Hautes Alpes)

Mathias VERMESSE (Ariège)


#Dans « socialiste », il y a « social » et le PS l’a oublié !#

Tribune publiée dans Le Monde le 2 avril 2015

 

La sanction est là, sans appel : la gauche perd 28 départements. Le Front national (FN) est arrivé en tête au premier tour dans les anciens cantons de Pierre Mauroy, de Pierre Bérégovoy ou de Léon Blum. Il s’implante sur les terres de Jean Jaurès, progresse encore chez les électeurs de la classe ouvrière et améliore sa présence chez les seniors des zones rurales.


Plus qu’un symbole historique, il s’agit là d’un enseignement majeur, car « le département, c’est le social ». Aux yeux des électeurs, le PS n’incarne plus la protection sociale et n’a donc plus de légitimité à gouverner les départements.


Dans « socialiste », il y a « social » : une évidence ? Certainement pas pour tous les électeurs de gauche qui nous reprochent de l’avoir oublié. Le PS est devenu paresseux et ne formule plus d’ambition pour notre modèle social. Là où le FN clame haut et fort la « préférence nationale » et la « chasse à l’assistanat », les socialistes n’arrivent pas à parler de protection sociale au XXIe siècle.

La crise économique de 2008, dont nous ne sommes jamais sortis, commande pourtant de faire preuve d’innovations. Parmi les électeurs qui se sont abstenus dimanche, combien de jeunes en situation de grande pauvreté qui ne peuvent même pas prétendre au Revenu de solidarité active (RSA) ? Parmi les électeurs du FN, combien de précaires qui refusent de recourir ou ignorent tout du RSA activité ?

Qu’avons-nous entendu pendant ces mois de campagne de terrain ? Beaucoup de questions, toujours les mêmes. Sur l’emploi bien sûr ; mais aussi sur la retraite, la santé, les personnes âgées, le handicap... Quelle réponse des socialistes aux déremboursements de soins par la Sécu, qui conduisent à une privatisation au profit des complémentaires santé ? Quelle réponse des socialistes au défi de la dépendance qui laisse seules tant de familles ? Quelles réponses donnons-nous à tous ceux qui se battent contre le cancer ou d’autres maladies chroniques ?


Les électeurs déçus nous ont aussi demandé des comptes sur la politique familiale : sur le non-versement des pensions alimentaires, l’absence d’allocation familiale au premier enfant, la place des beaux-parents, le fonctionnement des nouvelles familles…


En porte à porte, ces mêmes électeurs de gauche déçus sont ceux qui n’acceptent pas que beaucoup de nos ainés soient aujourd’hui dans une situation d’isolement grandissant. Ils ne tolèrent pas une France où la retraite moyenne nette avoisine les 1 300 euros par mois et où le coût moyen d’une place en maison de retraite approche les 2 700 euros par mois. Ils réclament un vrai service public des maisons de retraite. Alors qu’aujourd’hui, un salarié sur cinq de plus de 40 ans aide une personne âgée, ils demandent que l'entreprise prenne sa part à l’effort collectif. Nous pourrions par exemple proposer un « service familial », sur le modèle du service civique : toute personne, salariée ou non, pourrait choisir de s’occuper d’un proche atteint par une maladie chronique pour l’aider au quotidien, en échange d’une indemnisation à hauteur d’un SMIC ou bien d’une pré-retraite.


Nous célébrons cette année les 70 ans de la Sécurité Sociale. Créé en 1930 puis étendu en 1945, le « modèle social » français a été conçu pour une France qui n’existe plus : une France jeune, à la croissance économique soutenue, où l’espérance de vie avoisinait les 55 ans. Soixandte-dix ans après, la société s’est transformée et de nouveaux risques sont apparus, que notre protection sociale ne couvre pas. Il est temps que les socialistes réfléchissent, pour passer de la Sécurité Sociale de 1945 à celle de 2015.

Les lendemains d’élections sont souvent l’occasion de déclarations politiques fracassantes, alors que des tendances plus profondes sont à l’œuvre. A l’heure du bilan des élections départementales, il est temps de sortir le nez de l’arrière-boutique et de s’intéresser aux significations profondes du vote des Français.


La dernière défaite socialiste aux départementales d’une telle ampleur remonte à 1992 : trois ans après, vint la défaite présidentielle de 1995. Nous devons tirer les leçons de l’Histoire, pour penser un nouveau modèle social et éloigner le spectre d’un 21 avril 2017.


La politique doit à nouveau agir pour s’adresser à chacun dans un monde en mutation. Sachons entendre le désarroi et la désespérance de nos électeurs pour enfin sortir des sentiers battus, pour penser un nouveau modèle de société et construire avec eux un nouveau modèle de développement. Renonçons à nos facilités.


Entre une gauche fantasmée et une gauche de gestion, il y a la place pour une gauche de transformation. Soutenir un gouvernement de gauche ne doit jamais être un obstacle à cette ambition. C’est la tâche du Parti socialiste de répondre aux électeurs déçus de la gauche qui se sont abstenus ou sont allés voter au Front national. Il y a urgence, alors en avant !


#"Déclarons la guerre à la Suisse"#

Pour en finir avec des paradis fiscaux qui « ne plieront que sous la menace », le réseau de jeunes socialistes Inventons demain propose que la France, l'Allemagne et l'Italie s'entendent pour leur faire subir sans délai « des sanctions proportionnelles aux pertes financières qu’ils nous infligent ». Des pertes qui s'élèvent à 29 milliards d'euros de recettes fiscales pour ces trois pays.

 

La finance a ses raisons que la politique ne connaît pas, ou connaît mal. Les récentes révélations « Swiss Leaks » nous le rappellent : la finance de l’ombre, tapie dans les paradis fiscaux, se porte bien.

 

12 % du patrimoine financier des ménages européens serait détenu dans les paradis fiscaux. Rien que pour les trois principales économies de la zone euro, l’Allemagne, l’Italie et la France, 900 milliards d’euros sont dissimulés dans les paradis fiscaux. Pour les 5,6 millions de nos jeunes concitoyens européens empêtrés dans le chômage, cette somme est indécente et ces chiffres sont un mirage. Pourtant, les paradis fiscaux sont une réalité, une réalité qui coûte cher à nos économies convalescentes, une réalité qui détruit nos sociétés.

 

Dans tous les pays d’Europe, des multinationales réalisent des ventes conséquentes sans payer un euro d’impôt, en échappant à l’effort de redressement des comptes publics et en domiciliant leurs profits dans les paradis fiscaux. Dans tous les pays d’Europe, les réseaux du crime organisé prolifèrent grâce à des banques peu regardantes. Dans tous les pays d’Europe, les mouvements politiques extrémistes progressent au gré des révélations sur les scandales de corruption. Combien de temps allons-nous encore tolérer les paradis fiscaux nichés telles des verrues au cœur de l’Europe ? Ces Etats nocifs ont généré des crises financières, aggravé la crise budgétaire et alimenté la crise démocratique. Trois ans après le discours du Bourget, nous connaissons notre ennemi, mais qu’attendons-nous pour agir contre cette finance qui ronge nos économies et nos sociétés?

 

Les optimistes nous répondront que l’Union européenne a fini par valider le passage à l’échange automatique d’informations fiscales entre Etats et qu’ainsi nul paradis fiscal ne pourra se réfugier plus longtemps derrière le secret bancaire. Pour que cet échange fonctionne, il faut partir du postulat naïf que les paradis fiscaux donneront effectivement les informations demandées. Nous savons que ce ne sera pas le cas : rien n’est prévu pour vérifier qu’ils le feront bien et aucune sanction n’est explicitement prévue pour ceux qui ne joueront pas le jeu.

 

Nous partageons donc la sincère conviction que seul compte véritablement le rapport de forces international et que les paradis fiscaux ne plieront que sous la menace de sanctions. Si les gouvernements de l’Allemagne, de l’Italie et de la France reprenaient le contrôle souverain sur les fonds dissimulés dans les paradis fiscaux, 29 milliards d’euros de recettes fiscales seraient récupérées. En période de crise, alors que les gouvernements européens demandent à nos concitoyens des sacrifices financiers sans précédents, comment tolérer encore un peu plus ces attaques sur notre souveraineté ?

 

Rien ne nous condamne à l’impuissance. Les paradis fiscaux ont la caractéristique d’être des géants financiers, mais également des nains politiques et économiques. Sans plus tarder, nous proposons une nouvelle méthode, autour d’une nouvelle alliance.

Nous demandons que les trois plus grandes économies de la zone euro, toutes trois dirigées par des coalitions où siègent des socio-démocrates, se rapprochent et appliquent sans délai aux paradis fiscaux des sanctions proportionnelles aux pertes financières qu’ils nous infligent. Le secret bancaire n’est rien d’autre qu’une forme de subvention déguisée aux banques logées dans les paradis fiscaux. Il s’agit d’une distorsion de concurrence et donc d’une infraction aux règles de l’OMC. D’après les règles de cette organisation, les Etats sont en droit d’imposer des représailles commerciales égales au préjudice qu’elles subissent. Si nos pays se liguent, ils peuvent contraindre les paradis fiscaux à abandonner le secret bancaire, en imposant conjointement des droits de douane sur les biens qu’ils importent de ces pays, ou en appliquant des mesures d’embargo financier. L’exemple suisse donne une idée du rapport de force que nous pourrions créer : l’Allemagne, l’Italie et la France représentent 35 % des exportations de ce pays, alors même que la Suisse ne compte que pour 5 % de nos débouchés. En imposant des tarifs douaniers de 30 %, nous pourrions utiliser la force du droit international pour obliger ce pays à abandonner le secret bancaire et à sortir de l’ombre. Qu’attendons-nous pour agir ?

 

Au lendemain d’élections grecques capitales pour l’avenir de notre continent, nos dirigeants ont le devoir de réconcilier les peuples avec l’action publique. Nous devons dire la vérité à nos concitoyens : il n’existe pas de sortie de crise durable sans la mise au pas de la finance de l’ombre.


#Tribune: 3 ans après le Bourget, la finance opaque se porte bien !#

Les États Européens traversent en commun une triple crise: financière, budgétaire et démocratique. A la croisée de ces trois crises, on rencontre systématiquement les paradis fiscaux. Combien de temps allons-nous encore les subir? Ces états nocifs ont généré des crises financières, aggravé la crise budgétaire et alimenté la crise démocratique.

L'Irlande et Chypre, deux centres offshore aux banques hypertrophiées, ont ainsi mis l'Europe au bord du chaos et ont nécessité deux plans de sauvetage avec l'argent de nos contribuables. Dans tous les pays d'Europe, des multinationales réalisent des ventes conséquentes sans payer un euro d'impôt, en échappant à l'effort de redressement des comptes publics et en domiciliant leurs profits dans les paradis fiscaux. Enfin, en France, un Ministre du Budget a été contraint de démissionner pour avoir détenu un compte en banque offshore, tandis qu'en Espagne, le trésorier d'un Parti dort en prison. Trois ans après le discours du Bourget, nous connaissons notre ennemi, mais qu'attendons-nous pour agir contre cette finance qui ronge nos économies et nos sociétés?

D'après les travaux les plus récents du jeune économiste Gabriel Zucman, 12 % du patrimoine financier des ménages européens serait détenu dans les paradis fiscaux. Rien que pour les trois principales économies de la zone euro -l'Allemagne, l'Italie, la France- 900 milliards d'euros sont dissimulés dans les paradis fiscaux. Pour les 5,6 millions de nos jeunes concitoyens européens empêtrés dans le chômage, cette somme est indécente et ces chiffres sont un mirage. Pourtant, les paradis fiscaux sont une réalité, une réalité qui coûte cher à nos économies convalescentes, une réalité qui détruit nos sociétés.

Dès que l'on s'essaye à un chiffrage, apparaissent sous une lumière crue les ravages sociaux causés par les paradis fiscaux pour nos pays. Si les gouvernements de l'Allemagne, de l'Italie et de la France reprenaient le contrôle souverain sur les fonds dissimulés dans les paradis fiscaux, 29 milliards d'euros de recettes fiscales seraient récupérées. En période de crise, alors que les gouvernements européens demandent à nos concitoyens des sacrifices financiers sans précédents, comment tolérer encore un peu plus ces attaques sur notre souveraineté?

Les optimistes nous répondront que l'Union européenne a fini par valider le passage à l'échange automatique d'informations fiscales entre États et qu'ainsi nul paradis fiscal ne pourra se réfugier plus longtemps derrière le secret bancaire. Pour que cet échange fonctionne, il faut partir du postulat naïf que les paradis fiscaux donneront effectivement les informations demandées. Nous savons que ce ne sera pas le cas: rien n'est prévu pour vérifier qu'ils le feront bien et aucune sanction n'est explicitement prévue pour ceux qui ne joueront pas le jeu.

Nous partageons donc la sincère conviction que seul compte véritablement le rapport de forces international et que les paradis fiscaux ne plieront que sous la menace de sanctions. Rien ne nous condamne à l'impuissance. Les paradis fiscaux ont la caractéristique d'être des géants financiers, mais également des nains politiques et économiques. Sans plus tarder, nous proposons une nouvelle méthode, autour d'une nouvelle alliance.

Nous demandons que les trois plus grandes économies de la zone euro, toutes trois dirigées par des coalitions où siègent des socio-démocrates, se rapprochent et appliquent sans délai aux paradis fiscaux des sanctions proportionnelles aux pertes financières qu'ils nous infligent. Le secret bancaire n'est rien d'autre qu'une forme de subvention déguisée aux banques logées dans les paradis fiscaux. Il s'agit d'une distorsion de concurrence et donc d'une infraction aux règles de l'OMC. D'après les règles de cette organisation, les États sont en droit d'imposer des représailles commerciales égales au préjudice qu'elles subissent. Si nos pays se liguent, ils peuvent contraindre les paradis fiscaux à abandonner le secret bancaire, en imposant conjointement des droits de douane sur les biens qu'ils importent de ces pays, ou en appliquant des mesures d'embargo financier. L'exemple suisse donne une idée du rapport de force que nous pourrions créer: l'Allemagne, l'Italie et la France représentent 35 % des exportations de ce pays, alors même que la Suisse ne compte que pour 5 % de nos débouchés. En imposant des tarifs douaniers de 30 %, nous pourrions utiliser la force du droit international pour obliger ce pays à abandonner le secret bancaire et à sortir de l'ombre. Qu'attendons-nous pour agir?

A la veille d'élections grecques capitales pour l'avenir de notre continent, nos dirigeants ont le devoir de réconcilier les peuples avec l'action publique. Nous devons dire la vérité à nos concitoyens: il n'existe pas de sortie de crise durable sans la mise au pas de la finance de l'ombre.


#Socialistes, Vendez Solférino !#

Les États Généraux ont initié la Révolution Française, la fin de la féodalité, l’abolition des privilèges, la suppression de la Cour, le retour à une échelle sociale basée sur le mérite, la première réforme territoriale d’ampleur. Jean-Christophe Cambadélis a une conscience aigüe des faits historiques et ne manie pas les références au hasard. En promettant de vastes « Etats Généraux » dès son entrée en fonction, il savait que son initiative pouvait aboutir sur un véritable processus révolutionnaire : la fin des baronnies, la remise en question des privilèges de quelques apparatchiks, la mise au pilori de la Cour comme de la Fronde.

 

L’un des plus grands historiens de la Révolution Française fut un socialiste, abondamment honoré cette année : un dénommé Jean Jaurès. Alors que tous le célèbrent, beaucoup oublient sa conception de ce que devait être un parti. Dans l’utopie jaurésienne, la « forme-parti » constitue l’avant-garde d’une représentation de la société fondée sur la coopération plutôt que la compétition, sur la morale plutôt que l’égoïsme, sur la fraternité plutôt que sur l’inégalité. En résumé : le Parti socialiste devait être une représentation de ce que les socialistes voulaient pour la société.

 

Aujourd’hui, quel socialiste sain de corps et d’esprit peut imaginer un seul instant que le parti auquel il appartient, en état de mort cérébrale, éclaboussé par les malversations de certaines fédérations, monopolisé par les grands féodaux, donne une représentation de la société idéale que nous voulons pour demain? Quel spectateur du petit théâtre médiatique peut imaginer un seul instant que la guerre que se livrent la Cour et la Fronde est à la hauteur ? De ce fossé entre les discours et les actes provient une partie du sentiment de trahison qui traverse l’électorat populaire.

 

Pour nous, une véritable Nuit du 4-Août est indispensable à la survie identitaire et culturelle de la gauche. Le PS doit pour cela devenir un parti « nouvelle génération » et retrouver un réel ancrage social. En promouvant une nouvelle éthique, une nouvelle organisation territoriale et de nouvelles expériences démocratiques, les socialistes peuvent inventer demain.

 

La gauche ne retrouvera pas la confiance du peuple sans inventer une nouvelle morale de l’action politique. Il est temps de dire haut et fort : la politique est un engagement bénévole et les mandats politiques doivent être des CDD, renouvelables une fois. Le combat pour le non-cumul des mandats ne doit pas se restreindre au seul champ électoral : dans un souci d’oxygénation de la vie publique, le non cumul des mandats dans le temps doit s’appliquer à tous les mandats, y compris les mandats partisans (dirigeants locaux et nationaux des partis politiques), les mandats économiques (sièges dans les conseils d’administration), les responsabilités diverses (théâtres, conseils d’administration d’organes de presse, etc.). Il ne doit non plus y avoir de place dans les partis pour les repris de justice : l’interdiction, pour toute personne condamnée pour des délits financiers (corruption, prise illégale d’intérêts, abus de biens sociaux, trafic d’influence, etc.), d’exercer la direction d’un parti devrait figurer dans les statuts de toute formation politique républicaine. Enfin, la transparence ne doit pas s’appliquer qu’aux élus, mais à toute personne exerçant une fonction exécutive dans un parti, avec publication des déclarations de patrimoine et des déclarations d’intérêts.

 

La politique partisane, plus que jamais, a besoin d’oxygène : les partis n’auraient jamais dû cesser d’être des laboratoires à innovations démocratiques, décentralisées et citoyennes.

 

Pour cela, nous appelons l’organisation d’une vraie réforme territoriale dans les partis français, écartelés entre le centralisme démocratique et les baronnies. La pratique détestable du « parachutage » doit être abolie. Aujourd’hui, l’émergence des leaders locaux peut désormais être garantie par la généralisation de primaires citoyennes, pour toutes les désignations à un mandat concernant plus de 20 000 électeurs.

 

Ainsi, un parti comme le PS pourrait engager sa réforme territoriale, qui débuterait symboliquement par la vente de Solférino et l’implantation du siège du PS dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. L’échelon de la circonscription serait choisi pour décentraliser un certain nombre de moyens matériels et humains, avec la désignation par tirage au sort (au sein d’un « pool » de volontaires) des équipes locales. Cette réforme territoriale poserait les bases d’un nouvel « Epinay » : tous les militants des partis de la majorité parlementaire pourraient participer à nos réunions et votes internes et des maisons de la gauche, ouvertes aux militant(e)s et sympathisant(e)s de la majorité parlementaire, seraient créées dans chaque département.

 

En 1789, les Etats Généraux firent émerger des figures extrêmement jeunes, qui allaient incarner les valeurs de la Révolution : Saint Just n’avait que 20 ans, Desmoulins 29 et Danton 30 ans. Aujourd’hui, nous, jeunes leaders de gauche, prenons nos responsabilités : l’objet de ce texte n’est pas de désigner les têtes à couper mais bien d’indiquer un chemin pour la gauche.

Sans la Fronde, sans la Cour, Inventons demain !


#Le PS doit changer s'il veut éviter un "21 avril 2017"#

Ce quinquennat ressemble à l’un de ces films catastrophe dont, à peine arrivé au milieu, on entrevoit déjà la scène finale.Pour les Français, le scénario paraît écrit d’avance. La tentation est forte de projeter les résultats de dimanche sur la prochaine élection présidentielle en 2017.

 

Un 21 avril 2017 aura lieu, car la coupure des acteurs politiques avec nos concitoyens est trop large pour être résorbée en trois ans. Deux ans après sa victoire, 82 % des Français se déclarent mécontents de François Hollande. Plus grave, le rejet dépasse le président et l’abstention est là pour rappeler à tous les fanfarons que le premier parti de France est avant tout celui du dédain. Personne n’échappe à ce rejet et aucun commentateur n’a voulu constater que le nombre de Français ayant choisi le FN dimanche est en très net recul par rapport à la présidentielle de 2012.

 

Un 21 avril 2017 aura lieu, car la gauche n’a jamais été aussi fragmentée. La sortie des Verts du gouvernement et le score honorable de jeunes formations comme Nouvelle Donne laissent augurer un éparpillement des candidatures qui avait été néfaste à Lionel Jospin. Plus grave, la gauche est isolée. Les états-majors des partis n’ont jamais autant été des cénacles de cadres quinquagénaires et franciliens.

 

« Gauche recherche peuple désespérément » : depuis la dissolution de la classe ouvrière dans le chômage de masse, aucun parti n’est en mesure de définir quel peuple il souhaite défendre. Les controverses entre Gauche populaire et le think tank Terra Nova n’ont pas permis de trancher la question. Or, sans peuple, difficile d’affirmer une stratégie.

 

Un 21 avril 2017 aura lieu, car la gauche n’a pas encore produit de projet de société. Aux petits épiciers du politique qui s’imaginent qu’inverser la courbe du chômage et équilibrer les comptes de la nation suffit à entraîner une adhésion massive, nous rappelons que le gouvernement Jospin a créé des millions d’emplois, équilibré les comptes de la Sécurité sociale et baissé le chômage. M. Jospin a pourtant trébuché, car il n’exprimait pas de projet de société pour faire reculer le sentiment de déclassement des Français. En 2012, M. Hollande l’avait compris et voulait que « la génération suivante vive mieux que la précédente », afin de « réenchanter le rêve français ».

 

Où est passé ce projet aujourd’hui ?

Le 21 avril 2017 aura donc lieu, sauf si nous décidons d’écrire un autre scénario et de renouer avec la promesse de 2012. Rien n’est gravé dans le marbre, nous avons encore le choix. Le 21 avril 2017 aura lieu sauf si la gauche cesse d’opposer redistribution et production des richesses. Le livre de Thomas Piketty le démontre : la redistribution des richesses diminue la rente, stimule la consommation, réduit l’incertitude, augmente l’investissement privé. Il ne suffit pas de créer des emplois au niveau du smic, encore faut-il qu’ils offrent des perspectives d’ascension sociale. Si la gauche engage la lutte contre les inégalités de patrimoine par une réforme fiscale et contre la fracture générationnelle en créant un vrai droit à la formation, alors le sentiment de déclassement cessera de ronger la société.

 

CRÉDIBILITÉ À LA PAROLE PUBLIQUE

 

Le 21 avril 2017 aura lieu, sauf si la gauche cesse d’opposer les territoires : les villes, le périurbain et les campagnes. Seules les métropoles profitent de la mondialisation, tandis que les zones périphériques absorbent la casse sociale. Plutôt que d’envisager une réforme territoriale avec une logique d’économies comptables, la gauche doit en priorité recentrer les aides aux entreprises directement vers les salariés pour favoriser leur qualification, leur formation et leur mobilité en s’appuyant sur les infrastructures des territoires en crise.

 

Le 21 avril 2017 aura lieu, sauf si la gauche décide de reprendre la main. La gauche est défaite dans les urnes car elle est défaite dans les têtes. Nous devons imposer un autre langage et relancer la bataille culturelle. En affirmant des valeurs de transparence et d’éthique, un vaste renouvellement des pratiques et du personnel politique est nécessaire pour redonner de la crédibilité à la parole publique.

 

L’effroi des résultats de dimanche devra céder la place à de l’intelligence collective. N’usons pas toute cette intelligence à disséquer le FN, à l’ausculter, à le mythifier. Il est trop tard pour se rendre compte qu’il n’est que le symptôme, et non la maladie. Inventons un autre demain et on empêchera le 21 avril 2017. Ne laissons pas à d’autres le soin d’écrire le scénario à notre place, inventons-le. Inventons demain.


#Un remaniement ne suffira pas#

Tribune publiée sur Slate.fr, le 02.04.14.
Et plus que jamais d'actualité.

Un président «éloigné des Français», un gouvernement «à bout de souffle», une politique qui manquerait de «pédagogie», des élus locaux qui feraient les frais d'une «grogne nationale». Vous avez reconnu le scénario. Il s'agit des élections municipales de mars 2008.

Il faut que tout change pour que rien ne change. Six ans après, les mêmes journalistes politiques utiliseront le même logiciel et tiendront le même discours pour qualifier les résultats des élections municipales. Selon eux, une vague bleue succéderait à une vague rose. Au petit jeu du flux et du reflux électoral, ils en oublient que certaines vagues, bleues ou roses, se perdent dans le sable. On appelle cela l'abstention. C'est pourtant la principale donnée du scrutin qui devrait focaliser notre attention, car elle mesure la santé de notre système démocratique.

Le record d'abstention atteint le 30 mars doit nous interpeller, car il pulvérise deux lieux communs.

Pendant de nombreuses années, il était de bon ton de dire que l'abstention résultait d'un éloignement du politique. Plus l'action politique était locale, moins l'abstention était forte, car le citoyen voyait les résultats concrets de cette action. C'est ainsi que l'on opposait élections européennes et élections municipales, les maires s'érigeant en parangons de proximité. Dimanche dernier, le record d'abstention a fait voler en éclat ce lieu commun. Il n'y a rien de plus concret, de plus quotidien et de plus visible que l'action politique locale: la hauteur du trottoir en bas de chez soi, le menu de la cantine scolaire de nos enfants, l'isolation des murs de nos logements HLM dépendent de décisions prises par le maire. Et malgré cela, les Français ont boycotté les urnes ce dimanche.

Pour expliquer les résultats de dimanche, les médias, les partis, les élus, tous pétris de jacobinisme, tourneront alors la tête vers Paris pour bêler tous en cœur: «C'est la faute du gouvernement.»

 

 

Ils oublieront au passage le glissement de terrain qui se produit, lentement, inexorablement, sous leurs pieds. Dans la quasi-totalité des villes de France, un même scénario s'est produit: entre 2008 et 2014, tous les candidats, issus des villes ou des champs, qu'ils soient de droite, de gauche ou du centre, qu'ils soutiennent ou critiquent le gouvernement, ont perdu des centaines d'électeurs. Les défaites de dimanche ont donc un goût particulièrement amer, puisqu'elles ne sont la victoire de personne.

La raison de l'abstention est donc désormais à chercher ailleurs. Autrefois, l'important c'était de participer. Aujourd'hui, plutôt que de se déplacer pour changer les règles du jeu, une part grandissante des Français refuse tout simplement de continuer à participer à la vie publique.

Depuis l'élection présidentielle de 2012, la part des Français qui se déclarent sympathisants des partis de gauche a chuté de 9 points, tandis que la part des Français qui se déclarent sympathisants des partis de la droite parlementaire a chuté de 4 points. Le Front national n'en profite que légèrement et la part des Français qui s'en déclarent sympathisants n'a augmenté que de 2 maigres points.

En revanche, la masse des Français qui se déclarent «sans étiquette», «apartisan» ou même «apolitique» a gonflé, pour atteindre la majorité relative (44%). Ils sont le premier parti de France.

Partout sur notre territoire, cette tendance s'est ressentie. Les chiffres sont là pour nous dire que les noyaux militants traditionnels se sont mobilisés. Les sympathisants du PS ont ainsi participé à hauteur de 68%, tandis que les sympathisants de l'UMP ont participé à hauteur de 72%. Lorsqu'on sait que l'UMP présentait plus de listes en France que le PS, les taux de participation des deux camps sont donc sensiblement les mêmes.

Ce qui change en revanche, c'est le taux de participation des «sans étiquette», qui eux ne sont allés voter qu'à 40%. Leur soif de justice ne s'incarne plus dans aucune formation politique.

Jeunes responsables, nous avons un immense devoir, celui d'inventer de nouvelles formes de participation à la vie publique, dans les entreprises, dans les partis, dans les mairies. Les partis politiques, sous leur forme traditionnelle, ne remplissent plus leur rôle d'animateurs de la vie démocratique locale entre deux périodes de campagne électorale. Il existe partout en France, dans nos villes comme dans nos campagnes, dans les collectivités locales, les entreprises ou les associations, un formidable esprit d’entreprendre, un désir de proposer de nouvelles réponses pour inventer pas à pas un nouveau modèle de développement plus durable.

Nous devons nous inspirer de ces innovations, construire de nouvelles organisations militantes, retisser le lien avec les associations laïques, construire des espaces de formation et d'éducation populaire. De nouveaux défis nous attendent, le parti de Jaurès peut les relever.


#Pour les partis politiques, la transparence est vitale#

L’effet papillon produit par l’affaire Cahuzac a ébranlé les usages et les pratiques politiques. Jusque-là étrangère au logiciel politique français, la culture anglo-saxonne de la transparence a envahi le débat public. Avec toute l’ardeur des nouveaux convertis, les leaders des partis politiques ont unanimement vanté une«transparence totale», défendu une «République exemplaire», bataillé pour une«opération mains propres».

Une fois la poussière médiatique retombée, l’onde de choc paraît avoir touché l’ensemble des acteurs de la vie publique mais semble épargner les partis politiques. Par une habile scénographie, les chefs des partis ont réussi, au milieu du tumulte, à faire reposer l’intégralité des mesures de transparence sur les institutions et les élus. A aucun moment, les partis n’ont eu à s’interroger sur leur responsabilité dans la promotion des bonnes pratiques auprès des élus, alors même qu’elles assurent la formation politique de ces derniers, qu’elles leur garantissent appui financier et couverture logistique.

Désormais, les ministres sont soumis à plus de règles d’éthique que n’importe quel autre responsable public. Ils déclarent leur patrimoine, qui est vérifiable par n’importe quel citoyen sur Internet. Ils remplissent une déclaration d’intérêts, publiée au Journal officiel et donc consultable par tous. Ils se soumettent au strict non-cumul d’une fonction exécutive locale avec leur mandat. Bientôt, tous leurs collaborateurs devront soumettre une déclaration de patrimoine et une déclaration d’intérêts. Personnages clés du débat public, les dirigeants des formations politiques, qui ont tant demandé de transparence aux ministres, ne seront soumis à aucune de ces obligations et continueront d’évoluer dans l’opacité.

Les partis dont ils ont la charge sont pourtant beaucoup bien plus que de simples PME. Leurs budgets avoisinent plusieurs millions d’euros et dépasse parfois celui de certains ministères. Cette année, le budget du PS atteignait ainsi un montant trois fois supérieur à celui du ministère des Droits des femmes. Ces budgets, abondés par les aides publiques et par des dons largement défiscalisés, ne font à aucun moment l’objet d’un contrôle de la société civile et ne sont présentés qu’à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, qui n’en publie que les grandes lignes. A eux seuls, les trois principaux partis recevront près de 54 millions d’euros d’aides publiques en 2013. Pour prendre la mesure du régime dérogatoire dont ils bénéficient, il convient de rappeler que dans le secteur privé, toute PME réalisant plus de 700 000 euros de chiffre d’affaires est soumise à une obligation légale de publication de ses comptes.

Responsables directs de cette manne, les trésoriers des partis politiques n’ont aucune obligation de publier une déclaration de patrimoine, ni au début ni à la fin de leurs fonctions. De même, les responsables de la communication ou des études d’opinion brassent des sommes colossales et jouent un rôle éminent dans l’attribution d’appels d’offres, sans que quiconque ne puisse vérifier l’existence d’un éventuel conflit d’intérêts. En 2011, le budget «propagande et communication» déclaré par le PS avoisinait pourtant les 8 millions d’euros, tandis que celui de l’UMP dépassait les 11 millions d’euros. Un contrôle citoyen permettrait de prévenir de nombreux conflits d’intérêts : on ne compte plus les cas de responsables des sondages mariés à une communicante en vue ou de trésoriers associés à des organismes de formation des élus.

La transparence, si elle est nécessaire pour les élus, est vitale pour les partis. Les hommes et femmes politiques sont certes impopulaires, mais les partis n’ont jamais eu aussi mauvaise cote : seuls 37 % des Français déclarent avoir une bonne image du PS, contre seulement 30 % pour l’UMP et 23 % pour le FN. Pour restaurer le lien de confiance entre les Français et les partis, il nous apparaît essentiel d’y introduire plus de transparence. Sans plus attendre, chaque parti pourrait adopter, sur une base volontaire, les propositions suivantes : publication du détail des comptes pour en permettre le contrôle citoyen, publication de déclarations de patrimoine et d’intérêt pour les dirigeants et les trésoriers des formations politiques.

Alors que le vote de la loi sur la transparence agitera encore le Parlement cet été, les partis s’honoreraient à se mettre au niveau de ce qu’ils exigent de leurs représentants au Parlement ou au gouvernement. Plutôt que de suivre le législateur, les partis devraient tout simplement le précéder.